Les coiffes du Pays de Rance

C’est Erwann qui est à l’origine de cet article. Suite aux précédents articles sur les coiffes du Pays de Saint-Brieuc, il m’a confié une photo de son arrière grand-mère, portant la coiffe de Trigavou.

Du coup, j’ai eu envie de continuer les articles précédents avec celui-ci sur les coiffes du Pays de Rance. « Des » Pays de Rance devrais-je plutôt écrire. En effet, ici aussi, la diversité des coiffes est extrême ; chaque paroisse se différencie de ses voisines par un détail que seul un œil exercé repérait immédiatement. Ce pays porte également le nom de Poudouvre.

Ces coiffes sont discrètes, peu « lisibles » de loin, et pourtant d’architecture souvent très complexe, voire sophistiquée. Pierre Rochereau, conservateur du Musée de Dinan, a écrit un ouvrage de référence sur le sujet, ouvrage malheureusement aujourd’hui à peu près introuvable (Coiffes et Costumes des bords de Rance, 1989, éditions Le Carrouge, Plouër-sur-Rance, ISSBN 0-293-5260). Ce fut ma source principale (et évidente) pour cet article.

J’écrivais plus haut « les » pays de Rance. La Rance constitue évidemment l’axe majeur et structurant de la région, bien plus que le découpage administratif, et en particulier départemental, qui résulte de manœuvres politiques et ne reflète en rien la réalité humaine et culturelle de ce pays. C’est ainsi que Dinard, pourtant « rive gauche », se retrouve en Ille-et-Vilaine. Et pourtant, c’est bien  Dinan qui constitue le centre, la « capitale » d’un pays divisé essentiellement en « rive gauche » et « rive droite« . À ces deux entités territoriales fondamentales, il convient d’en ajouter deux autres, de part et d’autre de l’embouchure de la Rance : au Nord-Ouest, la région côtière, et au Nord-Est, le Clos Poulet, autour de Saint-Malo et Cancale. Cela fait donc cinq « pays », cinq types de coiffes.

« LA » coiffe de ce pays, coiffe qui ne s’est conservée que dans la région côtière et dans une certaine mesure à Dinan, est le « loq » (parfois surnommée « coq »). Elle a occupé un vaste territoire de part et d’autre de la Rance, de Lancieux à Saint-Malo. Les derniers exemplaires, très évolués, se cantonnaient à la région côtière (de Saint-Jacut et Lancieux à Dinard, en passant par Saint-Briac et Saint-Lunaire. Et à Dinan, semble-t-il.

En ville, c’est-à-dire à Dinan, le loq a fait place à un bonnet de ville, tel que ceux déjà rencontrés à Saint-Brieuc, Quintin ou Châtelaudren. Il est parfois surnommé « boule de neige » ou  bonnet « à la neige« .

Les coiffes de la Rive Gauche, celle que porte l’aïeule d’Erwann, sont appelées par Pierre Rochereau « coiffes en carène » car leur fond, constitué de deux triangles de tissu piqué cousus par une couture médiane, rappelle la forme d’une barque renversée. Cette coiffe était portée sur un bonnet de dessous, maintenu par une bride passant sous le cou et nouée sur la tempe. Autant d’éléments permettant de multiplier les différences !

La coiffe de Plouër en est une variante caractéristique car elle a supprimé le bonnet et les brides. Le montage de ses ailes l’a fait surnommer « l’hirondelle« …

Les coiffes de la Rive Droite et du Clos Poulet sont caractérisées par le bonnet de dessous : un bonnet godronné, au repassage complexe. La coiffe elle-même est posée dessus. Cette coiffe est différente en Rive Droite et en Clos Poulet.

Sur la Rive Droite, la coiffe s’apparente au loq, avec ses ailes épinglées à l’arrière et son fond saillant. Comme sur la Rive Gauche, les différences d’une paroisse à l’autre sont nombreuses.

Dans le Clos Poulet, les coiffes de Paramé et de Cancale appartiennent à une même famille, même si, ici encore, les différences sont notables.

Le « deuil coquet« …

Expression étonnante et subtile ! Mais l’explication l’est tout autant…

En signe de deuil, on couvrait le bonnet (dit « petite coiffe« ) avec un fichu noir appelé « fanchon« . Mais si celui-ci laissait apercevoir les « tuyaux » du bonnet, le deuil était alors « coquet« … Traduisez : « je suis veuve mais ne compte pas le rester !« 

Enfin, pour terminer ce voyage en Pays de Rance, voici une coiffe dont on sait très peu de choses. Elle fut portée à Saint-Servan et se nommait le « clérin« . Elle pourrait se rattacher aux coiffe du Pays de Saint-Brieuc, avec ses ailes rebrassées, mais tout autant aux catioles rennaises, voire à la « doloise »… (des idées pour continuer notre voyage !…)

et pour y voir un peu plus clair…. (les points sur la première carte représentent la localisation des documents ci-dessus et les couleurs, le type de coiffe correspondant)

Un grand merci à Erwann, qui m’a offert l’occasion de me pencher sur les coiffes de ce pays de Rance, peu connu sous cet angle !

Vincent ROUSSEL

Cette entrée a été publiée dans costumes, avec comme mot(s)-clef(s) , , , , , , , , , , , , , , , . Vous pouvez la mettre en favoris avec ce permalien.

Les commentaires sont fermés.